03/04/2010 - Guebwiller - L’Alsace

Mise à jour le : 19/08/2010 - 21:05



Cantate L’Espérance de Job

 En ces temps de difficultés et de désespérance, la cantate de Job, du compositeur strasbourgeois Bernard Lienhardt, est un message de foi.
 
Job, c’est l’image d’un homme assis sur son tas de fumier, complètement ruiné. Et c’est bien cette image que Bernard Lienhardt a mise en musique et présentée vendredi dernier à l’église Saint-Léger de Guebwiller, sous forme de cantate pour ténor soliste, chœur d’enfants, chœur à 4 voix mixtes, et orgue.
 
À partir du « Livre de Job », Anne Basc a écrit un texte où Job (le contre ténor Christian Lorentz, mais aussi le chœur) s’adresse à Dieu, qui lui parle par ses anges (le chœur d’enfants).
La première partie de la cantate relate la ruine, la maladie et la solitude de Job, ses souffrances physiques et morales. Job clame ses malheurs, après un prologue du chœur, introduisant le caractère dramatique de l’œuvre. Le chœur des anges, interprété par la manécanterie de filles de Saint-Jean de Colmar, amène Job vers la prière, l’espérance et l’action de grâce, qui s’exprimeront dans une seconde partie jubilatoire, et un grand chœur final, extrêmement apaisant.
 
L’on découvre là une œuvre contemporaine, de style plutôt classique, sans réelles innovations musicales, que l’on pourrait situer dans la lignée de « Duruflé » plutôt que dans celle de Messiaen. La première partie accompagnant le texte d’une couleur musicale sombre, voire dramatique, est ponctuée d’accents violents ou plaintifs à l’extrême exprimés par l’orgue tenu avec rigueur et précision par Benoit Parayre.
 
La partie soliste du ténor, exigeante tant dans l’expression, que dans la technique vocale, a été magnifiquement interprétée par Christian Lorentz, dont la diction était parfaite. Il est vrai que l’on avait le privilège d’écouter un soliste du chœur de l’Opéra du Rhin. Il a su déjouer les difficultés vocales avec art et créer un « Job » empreint d’émotion et de ferveur.
 
Créé il y a un quart de siècle par François Keller, présent dans le public, le Chœur des rives de la Thur est dirigé depuis l’an passé par Pascale Parayre, dont on a pu apprécier la direction un peu retenue, mais très rigoureuse. Le chœur mixte, tout comme les voix d’enfants, a donné une interprétation correcte et respectueuse de l’œuvre. Ces amateurs ont mis tout leur cœur au service d’une œuvre qui les aura enthousiasmés, pour un compositeur, présent parmi le public qui lui a réservé de chaleureux applaudissements.
 
Les deux sommets de cette cantate sont le chœur final de la première partie « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné », un peu long certes, du fait de nombreuses reprises (le compositeur a-t-il voulu insister sur la détresse de Job ?), mais très mélodieux et prenant, et le choral final « Allez dire au monde entier », un grand chœur extrêmement apaisant écrit dans une forme psalmique que l’on retrouve dans les psautiers actuels de la liturgie catholique, et que les chorales paroissiales pourraient bien ajouter à leur répertoire pour embellir certaines fêtes liturgiques.
 
Jean-Marie Schreiber